Shinichi Suzuki (1898 - 1998)

Un éducateur de talent

Né à Nagoya au Japon en 1898, Shinichi est le fils d’un luthier fondateur de la plus grande manufacture de violons au monde. Il apprend le violon à l’âge de dix-huit ans en autodidacte, puis entreprend de partir étudier à Berlin auprès du célèbre violoniste Karl Klinger.

Il y fait la connaissance du Dr Michaelis, du Dr Albert Einstein, et de leur cercle de connaissances qui auront une profonde influence sur lui. Einstein, éminent scientifique, est également un violoniste accompli, tandis que Dr Michaelis fait profiter ses convives de ses talents de pianiste lors de soirées où Suzuki est invité à se joindre. C’est là en observant ces intellectuels cultivés qu’il réalise à quel point toute personne entretenant des aptitudes musicales à un haut niveau d’excellence démontrera des compétences équivalentes dans n’importe quel autre domaine. Cette constation l’influencera énormément dans le développement de sa pédagogie.

Suzuki est aussi fasciné par les écrits de Léon Tolstoï et le bouddhisme Zen tout en étant un grand admiratur de Mozart.

Profondément attiré par les enfants et leur force de vie, Suzuki mettra en place une méthode incroyablement efficace pour l’apprentissage du violon dès le plus jeune âge. Ce mouvement qu’il appelle Education du Talent naitra formellement en 1945 lorsqu’il s’implante à l’école de musique de Matsumoto. Il forme d’autres professeurs à ses idées et son éducation se propage à travers le Japon. De nombreux musiciens dont Pablo Casals et Arthur Grumiaux viennent observer, impressionnés et émus aux larmes, les concerts de ses élèves. Progressivement, sa méthode se fait connaître aux Etats-Unis, où certains de ses anciens étudiants s’installent. Sa méthode est  utilisée à l’heure actuelle à travers le monde entier et a été adaptée à la plupart des instruments classiques.

Sa méthode: l’Education du Talent

A la recherche de la meilleure manière d’enseigner le violon à un tout jeune enfant, Shinichi réalise un jour une réalité pourtant toute anodine : tous les enfants du monde, même ceux avec de mauvaises notes à l’école, parviennent à apprendre leur langue maternelle. C’est donc qu’il existe une méthode d’apprentissage fructueuse mise en place pour eux. Et si nous pouvions adapter cela à la musique?

L’environnement

Sa première constation est l’importance que l’environnement peut avoir sur le développement des capacités des enfants : ils se développent en fonction des différentes cultures de leur pays et régions. Pour Shinichi Suzuki, chaque enfant nait avec un potentiel énorme qui peut être exploité en fonction de l’environnement dans lequel il sera éduqué. Pour lui, il est clair que le talent n’est pas héréditaire, mais que chaque enfant se développe en fonction de son expérience de vie et de ses efforts.

Ainsi dans cette méthode, il est possible et même conseillé de commencer très jeune. Les premières années d’un enfant sont cruciales pour le développement de ses capacités. Les violonistes commencent à jouer dès l’âge de 3 ans, pour la flûte il est conseillé de commencer vers l’âge de 4/5 ans.

De la même manière qu’un enfant apprend d’abord à parler avant de lire, la méthode Suzuki soutient une approche auditive de la musique. Les enfants au début ne sont pas contraint de lire les notes mais écoutent la musique et apprennent ainsi progressivement les morceaux.  Le solfège et la lecture des notes sont introduits lorsque l’enfant est en équilibre avec son instrument.

A côté de l’écoute régulière de musique, il est aussi nécessaire que l’enfant répète, de préférence chaque jour. Comme pour sa langue maternelle, la répétition et la pratique quotidienne permettent un apprentissage fructueux.

Et dans cette optique, étant donné l’âge précoce des enfants, il est indispensable qu’un parent soit intégré dans le processus d’apprentissage: il assiste aux cours, prend des notes et soutient son enfant lors de sa pratique à domicile.

Parce que les enfants apprennent facilement les uns des autres, et parce que la musique est un plaisir qui se partage, on retrouve dans la méthode Suzuki en plus des cours individuels hebdomadaires, des cours de groupe toutes les deux semaines.

L’un des principes de la méthode est également sont approche positive et stimulante. Un parent ne désespère pas que son enfant apprenne à parler: au contraire il l’encourage et s’émerveille de ses progrès. De la même manière l’apprentissage d’un instrument doit être encouragé avec amour et respect. Chaque enfant apprend à son rythme et les enfants sont eux-mêmes encouragés à se soutenir mutuellement, favorisant une attitude généreuse et compréhensive.

Influence

Suzuki croyait fermement qu’écouter et jouer de la belle musique aidait les enfants à devenir de meilleurs êtres humains, le violon étant un moyen d’acquérir un bon cœur, une sensibilité artistique et des capacités raffinées. Il souhaitait avant tout éduquer les jeunes enfants à devenir de vertueux adultes, pouvant apprécier la musique ensemble, et ayant développé leur intellect et leur sensibilité au plus haut niveau. Son but n’était pas de former des musiciens professionnels, mais plutôt d’éduquer de bons musiciens et à travers la musique de cultiver leur humanité.

Son souhait était que chaque enfant né sur cette terre puisse se développer en une personne heureuse, un être humain avec des facultés désirables.